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 Mission en terres hostiles

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Ivory Doucenuit

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Messages : 156
Date d'inscription : 14/12/2015

MessageSujet: Mission en terres hostiles   Lun 29 Fév - 7:59

Le jour pointait le bout de son nez. Je glissais hors de l'établissement sans bruit, sous le regard vaguement abruti de la tenancière. Elle devait en avoir marre de moi.

J'avais tout laissé en plan, abandonnant là une partie de ma vie à Menoch, encore endormie.

Le messager me chopa juste avant Grim. Lequel montrait déjà les dents. Je récupérais la missive, glissais quelques pièces dans la main du gamin et la rangeais hors de portée d'autres yeux.

Grim avança la main vers moi et déjà je me crispais dans l'attente de l'inévitable douleur. D'un mouvement leste, je m'échappais et tentais de sauter dans le bateau.

Il me rattrapa et je le regrettais aussitôt. Bon sang, je savais pourtant qu'il ne fallait pas jouer à ça.
La colère faisait flamber ses yeux jaunes.

- Arrêtes de me chercher, Iv', tu vas vraiment finir par me trouver.

- Bah ... t'es là non ? Donc je t'ai déjà trouvé.

Interloqué, il me lâcha et je pus sauter dans la barque de pèche. Une demi journée de navigation me séparait de mon village natal.

- Tu ne viens pas Grim ? Demandais-je tandis que les pêcheurs défaisaient les amarres.

- T'aimerais ça, hein ? Passer quelques heures seule avec moi ?

Je mis un doigt dans ma bouche, faisant mine de vomir.

- Nan... Didrick veut que je reste ici pour prendre des contacts. Maugréa t-il d'un ton sec.

Il ne me regardait déjà plus, cherchant quelque chose... ou quelqu'un dans la foule qui commençait à vaquer à ses occupations. Il porta son index et son majeur à sa tempe et les éloigna en un salut mesquin.

Mais ce n'était pas moi qu'il saluait ainsi.

Je cherchais des yeux la victime de sa moquerie mais n’aperçus personne en particulier.

- Grim ? Qui saluais-tu ?

- Ton amoureux, ma belle. Il ne te quitte pas des yeux.

Il ricana un brin tandis qu'on s'éloignait du quai. Je fouillais à nouveau la foule du regard mais la houle qui agitait le fond de cale finit par me persuader de m'asseoir. Je n'avais jamais eu le pied très marin.

Je profitais de la lumière grandissante pour lire la missive. Mon cœur battait plus fort à chaque mot et un sourire faillit se dessiner sur mes lèvres.

Mauvaise idée.

Les deux marins qui manœuvraient la barque ne me quittaient pas des yeux. Je n'avais aucun intérêt à leur montrer le réconfort que ces quelques mots m'avait procurée.

Comme toujours, ils n'ouvrirent pas la bouche et ce furent trois ou quatre heures très longues. J'avais beau laisser mon esprit dériver de temps en temps, je me devais d'être sur le qui-vive. Ce genre de convocation pouvait être à double tranchant. Ou c'était juste une banale convocation à un entretien, voir à une mission. Ou c'était un moyen comme un autre de se débarrasser de moi. La pleine mer étant l'endroit idéal.

En approchant des côtes, le village se dessina enfin. Et alors qu'il ne restait que quelques nœuds à parcourir, j'entendis un chant s'élever ce qui m'arracha un sourire. Un grand sourire. De ceux que je réservais aux gens que j'aimais.

- Onni !!

Je sautais dès que possible hors de l'embarcation et me jetais dans les bras du géant Ansgar. Encore un. Faut dire, qu'ils étaient tous très grands dans le Clan.
Aussi blond que moi, la peau couleur pain d'épices, ce qui faisait ressortir ses yeux bleus ciel.

- Bonjour ma toute belle, comment vas-tu ? Tu es magnifique !! Laisses-moi te regarder ?

L'émotion me serra la poitrine, allumant un grand feu de joie. Impossible de ne pas aimer ce grand gaillard heureux de vivre. Il me serra à m'étouffer puis me jucha sur son dos, comme une gamine. Un instant j'eus la tentation de me laisser faire. Mais je n'étais pas là en visite amicale. Aussi je me dégageais doucement, après l'avoir inondé de baisers.

- Ah... cette fois tu as grandi.

- Désolée Onni... mais j'ai été convoquée. Tu sais ce que ça signifie.

Il hocha la tête, gravement. Et comme toujours, il se remit à chanter, prenant la tête de notre petite équipe, les deux marins se joignant à la fête dans mon dos.

Et je déteste avoir des gens dans mon dos quand je ne suis pas dans un lit. Et même alors, je crois que ça se négocie sérieusement.


Bref... je vous ai perdu là ?

J'avançais vers la salle principale et ne me sentais pas très à l'aise. Mon corps tremblait de peur. Je suis incapable de dissimuler ma peur. Mon corps le montre systématiquement. Mes mains tremblent, ma voix part en voyage et mes genoux jouent des castagnettes.
Heureusement pour moi, quand je suis très très énervée, mon corps réagit de la même façon. Je ne sais pas s'il le fait quand je suis très très amoureuse, mais il faudra que je me renseigne.

J'ai apprit très jeune à ne rien montrer dans mes yeux. Rien de plus déstabilisant pour mes interlocuteurs qu'un regard vide et froid. Enfin ... en ce qui concerne ma peur.

Je suis tout bonnement incapable de dissimuler ma rage ou ma colère. Il parait que j'enflamme tout... ou que je glace mon monde.

Bref... à nouveau. Vous êtes toujours là ?

J'étais donc devant la grande salle. Les portes s'ouvrirent et Didrick se présenta. Et son poing avec.











La lèvre fendue et le nez en sang, je n'étais franchement pas à mon avantage. Et je parie qu'avec un peu de concentration, j'aurais pu compter les étoiles qui me tournaient autour. Ma mâchoire me faisait un mal de chien et j'étais sûre que ce serait pire quand je serais complètement réveillée.

Comme toujours après ce genre de salut, la vue me revint la première avec une sorte de décalage des plus bizarres, comme si les gens bougeaient au ralenti ou que je loupais plusieurs secondes entre chaque image.
Je voyais bien Didrik mais je ne comprenais pas bien ce qu'il avait sur le visage. On aurait dit de la peinture rouge qui lui coulait en lignes verticales irrégulières. Quatre pas plus loin, Onni et les deux marins tenaient ma mère, le visage rouge de rage, vociférant à pleins poumons, les griffes en avant, d'où coulaient quelques gouttes de sang. Ah tiens, elle avait de nouvelles armes !

Je ne l'entendais pas encore et je m'en félicitais. Je connaissais les symptômes qu'elle affichait et le niveau sonore qu'elle pouvait atteindre dans ses crises de rage.

Pas de doute, je savais très bien de qui je tenais mon tempérament sanguin.

Mes oreilles se débouchèrent dans un "pop" douloureux et je le regrettais aussitôt.
Je portais mes mains tremblantes à ma tête, stoppant net les hurlements maternels.

Deux secondes et demi plus tard, des mains froides m'aidaient à me relever.

- Salut Urlryn. Croassais-je, encore sonnée.

- Bonjour Mirshann. Pourquoi cela ne m'étonne t-il pas qu'à peine ton retour annoncé, ta mère et Didrik se battent déjà ?

Je haussais les épaules et essuyais le sang sous mon nez. Ma voix me semblait un peu bizarre, aussi je crachais d'une manière fort peu féminine sur le sol terreux et m'en trouvais immédiatement soulagée. Enfin juste le temps que ma mâchoire se rappelle à mon douloureux souvenir. Ouille... j'allais arborer un beau "noir" sur le menton.

Dans le couloir, un miroir me renvoya une image peu flatteuse. Toute décoiffée, le visage en sang et la lèvre fendue. Hmmm charmante, à n'en pas douter. De quoi donner des désirs brûlants à tout un chacun !!

Ma mère venait de se dégager d'un coup de hanche et s'approchait de moi. Elle me prit dans ses bras et me serra comme si ... heu.. je ne sais pas mais franchement c'était bizarre.

Toute raide dans ses bras, je jetais un regard à mes deux pères qui haussèrent les épaules de concert. D'accord... c'était vraiment bizarre.

Elle essuya une larme imaginaire au coin de ses yeux et jeta un regard furibond vers Didrik qui lui adressa un sourire carnassier.

C'est toujours plaisant, une grande famille qui s'aime.



On me laissa quelques heures pour me remettre. Version officielle. Officieusement, il me fallait faire une toilette soignée avant de me représenter chez Didrik

Il parait que mon kilt, mon chemisier et mon doublet gris terne ne sont pas plaisants. C'est marrant qu'ils n'aient jamais comprit que je n'étais pas du genre à vouloir leur plaire.




Ma décision quant à les quitter était prise. J'étais d'ailleurs prête à les laisser en plan et à me tirer de là. Malheureusement pour moi et mes bonnes résolutions, un bruit de coursive me fit prêter l'oreille et échafauder d'urgence trois plans de secours. Le résultat ne plairait pas à Sathir. J'espérais juste qu'il comprendrait mes motivations.
Je pourrais vous raconter en détails ce qu'il se passa exactement, mais ensuite il faudrait que je vous tue. Vous avez mieux à faire. La mort est plutôt ennuyeuse, surtout vers la fin, à ce qu'on dit. Je raconterai cette aventure à deux hommes. De vives-voix.






Trois jours plus tard, j'étais de retour chez ma mère qui roucoulait de plaisir tandis que je me drapais dans une chape de glace.
Satisfaite, elle enorgueillait d'avoir éduquée une telle perle.

Et moi j'avais froid.

Sous ma chemise, deux résidus de chaleur : une missive et un pendentif, que je serrais contre mon cœur en tremblant. Deux pauvres petits résidus qui n'arrivaient pas à m'empêcher de frémir.

- N'ais pas peur, Mirshann. Ça va aller. Didrik est satisfait. Il accepte que tu repartes à Menoch.

Ma tête hurlait un tas d'avertissements qui me mettaient les nerfs à vif et le corps en branle. Je tremblais comme jamais je n'avais tremblé. Urlryn et Onni m'embrassèrent en même temps, ce qui d'ordinaire m'arrachait quelques rires. Cette fois, je ne bronchais pas, vidée de mon entrain habituel.

J'avais froid.







Menoch est en vue. J'ai oublié de surveiller les deux marins qui me ramènent. Je suis restée sur mon banc tout le long de la traversée, m'efforçant d'alimenter le feu contre mon sein.
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Ivory Doucenuit

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MessageSujet: Re: Mission en terres hostiles   Ven 8 Avr - 10:25

Je ne sais pas pour vous… mais je pense que ça devait arriver.

J’essaie de prendre un peu de distance, mais j’avoue que ça n’est pas facile. Je regarde mon corps étendu là. Il ne bouge plus. D’un autre côté, il faudrait que je sois dedans pour qu’il bouge. Où suis-je ? Je ne sais pas trop. Deux possibilités : chez un soigneur (à Menoch ou ailleurs) ou bien dans un cachot à Rivage… morte.

Je vous l’ai dit, ça devait arriver.

Depuis quelques jours, je me sentais en sécurité. Je me faisais des amis. Je m’intégrais sans difficulté majeure. Bref, j’avais confiance et j’étais plutôt heureuse.
C’est pour ça que Grim n’a eu aucun problème à me choper.

- Salut Iv’… devines qui je suis ? A-t-il demandé, d’une voix narquoise dans mon dos.

Je n’ai même pas cherché à répondre, mais plutôt à fuir. Sauf que pour une fois, il avait amené du renfort. Ça faisait trois ou quatre fois que je lui échappais.
Encadrée par deux malabars, j’ai dû lui faire face. D’autant plus que mes pieds ne touchaient même plus le sol.

- Ohh Grim… je vois que tu as amené des petits camarades. Je suis flattée que tu te sentes obligés de prendre aussi gros pour moi. Bonjour !

Je saluais mes deux geôliers avec mon plus ravissant sourire. De quoi les désarmer. Ou pas… on s’entend que j’ai autant de charme qu’un opossum mort depuis trois semaines. L’odeur en moins.
Ils finirent par me reposer à terre, ne gardant qu’une main sur mes épaules pour me tenir tranquille.

- Didrik veut te voir. Et c’est pas pour une visite de courtoisie, si tu vois ce que je veux dire.

Oui, je voyais. Et j’avais d’autant moins envie. Et du coup, je profitais de leur impression de toutes puissances pour tenter de me libérer. Je m’accroupis et roulais en arrière, aussi vive qu’un poisson.
Il y a certains avantages à être petite et peu épaisse. Par contre, je manquais un peu d’entrainement et je perdais deux bonnes secondes à détaler. La paresse est mauvaise pour la santé, on vous l’a toujours dit.
Pour faire bonne mesure, on me frappa violemment la tête. Deux raisons : 1- plus proche du poing, 2- grande possibilité d’inconscience ce qui permet, mine de rien, d’évacuer le problème des tentatives de fuite.
Le réveil fut désagréable. Trempée par un seau d’eau froide en plein visage, sur le bois dur d’un petit bateau qui balançait sur la houle. En route pour Rivage… beurk.

- Maintenant que tu peux rester là sagement à m’écouter, on va parler. Enfin je vais parler et toi… tu vas écouter.

Grim dans toute sa splendeur. Le voilà qui déblatérait sur la dure vie à Menoch. Il aimait bien la ville, même s’il trouvait qu’il y a trop de lois, bla bla bla.

- Tu n’imagines pas la surprise de Didrik quand il a compris qu’en fait, tu ne remplissais pas ta part du contrat. Aucun rapport depuis plus de trois mois. Tu te fous de notre gueule, petite conne ! Du coup, on a quand même envoyé du monde à Valacirca.

Mon cœur rata un battement. Puis deux. Ou trois. Je m’efforçais de ne pas retenir mon souffle, de le laisser continuer à déblatérer. C’est fou le nombre d’informations que les gens donnent quand on les laisse parler. D’ailleurs, je ferais bien de retenir la leçon et d’être plus silencieuse à l’avenir. Je dois en donner pas mal aussi quand je parle à tort et à travers.

- Ce qui peut également t’intéresser, c’est de savoir que ta chère mère a perdu son statut de favorite. Je me suis toujours demandé pourquoi Didrik était aussi patient avec toi. J’aurais dû savoir que ça venait de ta mère.

Patient et Didrik dans la même phrase ? Ma mère a perdu son statut ? Une coulée de sueur froide dégoulina dans le creux de mon dos. J’ai toujours pensé que j’avais de la chance que ma mère ait autant d’influence, mais je n’avais pas réalisé qu’elle me protégeait. En fait, je ne pensais pas que j’aurais pu subir plus que ce que j’avais subi. Découvrir que je lui devais la tolérance des autres ne me plaisait guère. J’ai toujours ressenti un certain dégoût pour ma mère. Il allait falloir que je lui présente mes excuses à l’occasion.

Marwick m’aida à descendre de la barque et me retint un instant. Je croisais son regard, m’attendant à y trouver les sentiments habituels : colère, fureur ou dégoût. Mais ce que j’y trouvais me troubla. Il grimaça légèrement et hocha la tête avant de me lâcher, avec délicatesse, sur le quai. Mon corps fut le premier à réagir, m’envoyant les signaux d’alerte habituels : tremblements, frissons et une grande chaleur qui montait depuis mes pieds. Je me tournais au ralentit vers Grim, lequel affichait un sourire plein de dédain et de hargne.
D’un coup de paume de la main dans le dos, on me fit trébucher vers lui.

- J’ai eu une sorte de promotion. Et elle sera d’autant plus importante que je te ramène au bercail, petit agneau égaré.

Il se mit à siffler, content de lui. Curieusement, c’est ce son qui me dérangea le plus. Parce que ça me mettait face à un autre silence. Un silence dérangeant et peu ordinaire.
Personne ne mouftait dans le camp. Bizarre… D’habitude, les maisons résonnaient de rires, de cris d’enfants, d’appels des mères, de bousculades, de cavalcades et de … de chants. Personne ne chantait. Personne.

Pas même Onni.

Je me mis à trembler plus fort, anticipant l’horreur que je devinais. Personne ne pouvait empêcher mon père de chanter. Onni chantait même quand on partait en mission. Il avait même chanté quand on avait mis Gavain en terre. Il modulait son chant en fonction des circonstances.
Grim s’écarta. Et je le vis.


Et l’horreur de cette vision m’arracha un hurlement. Je ne crois pas avoir hurlé à ce point de toute ma vie. Onni, mon père, mon mentor, mon rossignol. Il gisait, les bras en croix, cloué sur la clôture, le corps à moitié dépecé. Un de ses yeux pendait dans le vide, fixant le sol avec indifférence. L’autre se faisait joyeusement dévoré par un corbeau que notre présence n’importunait même pas. Les traces de son agonie figeaient son visage dans un masque grotesque qui ne le représentait pas. Il était mort en souffrant.

Onni, dont le signe était un rond fait entre les doigts, le pouce rejoignant les autres doigts courbés, qu’on dépliait et qu’on agitait devant les lèvres, comme pour signaler qu’il chantait.

Onni qui riait comme si la fin du monde était pour demain.

Onni qui m’embrassait sur la joue comme pour me marquer à jamais de ses lèvres.

Onni qui me faisait grimper sur son dos et qui courait comme un cheval au galop, m’arrachant des hurlements et des éclats de rire.

Onni qui avait essuyé nombre de bouches sales, de nez morveux, de genoux cagneux.

Onni…

Onni…

Onni…

Je tendis une main vers lui. Je tremblais et la chaleur me submergeait. Avant même d’avoir pu dire quoi que ce soit, le noir me recouvrit, me plongeant dans l’inconscience.

Je m’étais évanouie.








L’odeur me réveilla, je crois. Une odeur un peu caractéristique de moisit et de renfermé. Une vague odeur de terre et d’humidité. J’ouvris les yeux prudemment mais il faisait trop sombre pour que j’y vois quoi que ce soit. A part… un carré de lumière au-dessus de ma tête.
Je savais où j’étais : dans la prison de Rivage. Je bougeais légèrement et ça suffit à attirer l’attention d’un autre occupant qui rampa vers moi.

- Mirshann ?

Mirshann, c’est moi. C'est le surnom que me donne Urlryn. Je tournais la tête vers lui et lui tendis la main. Il s’approcha plus près et je constatais alors les dégâts. Son visage était marqué par les coups. Ses yeux semblaient décidés à ne pas s’ouvrir. Ou peu.

- Mon pauvre Urlryn… dans quel état ils t’ont mis…

J’ouvris les bras et le serrais contre moi. Secoué par des sanglots, il s’accrochait à moi pour la toute première fois de ma vie. Jamais encore il n’avait pleuré devant moi. Je faillis d’ailleurs le reprendre et lui faire la leçon, mais je me souvins à temps que si j’avais perdu un père, lui venait de perdre son amour.

Je l’entourais de tout l’amour qu’il me restait pour mes pères. Il était le dernier des trois.


Quand enfin il s’écarta de moi, il eut un étrange regard. Comme s’il me reprochait quelque chose. Je sentais bien qu’il me considérait comme défaillante, mais j’ignorais en quoi je faillais.

- Que s’est-il passé, Urlryn ?

- C’est compliqué… Tu te rends compte que ta mère vieillit ? Elle a atteint cet âge délicat où une femme n’est plus seulement mûre, mais vieille. Et tu connais sa fierté. Elle est encore belle, mais elle est vieille. Et d’autres femmes sont plus jeunes et moins difficiles qu’elle.

Ça, je n’avais aucun mal à le croire. Je connaissais le caractère épouvantable de ma génitrice. J’aurais voulu la défendre, mais je n’y parvenais pas. La colère qui me la faisait fuir était encore là. La crainte peut-être également.

- Grim est venu nous raconter tes exploits. Il dit que tu t’intègres très bien chez les Gardiens des Vertus. Trop bien peut-être. Il t’a vu faire la leçon à un type plus costaud que toi et le type semblait désemparé. Enfin, c’est un détail, mais mit au bout des autres détails, Didrik a décidé d’envoyer du monde à Valacirca.

Je hochais la tête et gardais le silence. Mon coup de bluff n’était pas assez fort pour les éloigner d’Emilie. Il me restait l’espoir qu’elle soit assez sage pour rester à l’abri d’un manoir.
La porte s’ouvrit. Le garde qui entra ne posa pas les yeux sur moi. Il gardait l’œil sur Urlryn et me prit par le bras sans ménagement. Je n’ouvris pas la bouche. La confrontation s’annonçait.





- Ahhh la voilà, la petite perle blanche ! L’enfant prodigue !

Le rire qui accueillit cette réplique n’avait rien de joyeux. Je levais les yeux vers mon chef de clan et soutins son regard autant qu’il m’était possible de le faire. Dans un coin de la pièce, je devinais la présence d’une forme recroquevillée et gémissante.

Une gifle.

L’occasion idéale pour tourner la tête et observer ladite forme. Ma joue me cuisait. Tout en gardant les yeux posés sur l’être puni, je rentrais la tête dans les épaules et pivotais légèrement mon corps, lui offrant mes épaules plutôt que mon visage à frapper.
Ma mère pleurait. De vraies larmes ravageaient son beau visage qu’aucun maquillage n’éclairait plus. Ses yeux rouges, son nez carmin et son teint pâle me renseignaient plus sûrement qu’un long discours. Je me rappelais alors qu’elle venait de perdre un autre des trois hommes de sa vie.
J’avais eu une discussion avec Sathir quelques temps auparavant, durant laquelle il m’avait expliqué que les catins aimaient bien la compagnie des homosexuels. C’était sans doute reposant pour elles de n’avoir pas à jouer les séductrices. J’eus une nouvelle révélation : ces trois hommes n’avaient jamais été les amants de ma mère. J’en trouvais une tendresse toute particulière pour cette femme que j’avais détesté des années durant. Elle avait choisis trois hommes doux, aimables et gentils pour me servir de pères. Trois hommes qui s’aimaient et n’étaient jamais après elle, à lui demander ses faveurs.
Mon chagrin s’en trouva renforcé. Mes mains se remirent à trembler. Onni était mort.

Un coup me fit vaciller. Mon épaule hurla de douleur et je la fis taire en serrant les poings, rentrant la tête plus avant entre mes omoplates. Je me roulais presque en boule et bien m’en prit, car un déluge de coups s’abattit sur moi.

Il finit par atteindre ma tempe et je sombrais immédiatement dans l’inconscience.


[A suivre...]
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Ivory Doucenuit

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MessageSujet: Re: Mission en terres hostiles   Ven 15 Avr - 16:55

Je me réveillais dans le fond de la geôle.

On me ramena à Didrik le lendemain. Il me battit.

Que dire de plus ? J’alternais les raclées et les nuits dans le cachot. Je m’efforçais de protéger mon visage et mon crâne mais je finissais par manquer de force et un coup bien porté finissait toujours par m’abrutir.
Je ne parlais plus beaucoup à Urlryn qui semblait m’en vouloir pour quelque chose que je ne saisissais pas. De toute façon, j’étais trop faible pour ouvrir la bouche en vain.

Quatre jours plus tard, la raclée prit une autre tournure. Didrik me laissa entre les pattes de Grim, généreusement.

- Tu sais ce qu’il y a de bien avec les filles comme toi ?

- J’encaisse mieux que toi ?

Un coup violent dans le ventre. Bon d’accord, je l’avais cherché. Mais un de plus ou de moins ? Mon corps entier n’était que contusions et plaies suintantes.

- Tôt ou tard, vous finissez par vous sentir assez à l’aise pour relâcher votre attention. Je t’observe depuis des semaines. Ton amoureux n’est plus là, tu délaisses ton acolyte. Je parie que tu ne sais même plus réfléchir comme une Doucenuit. Depuis quand n’as-tu pas examiné un lieu en te donnant trois chances d’évacuer les lieux ? Trois scénarios possibles ?

Sur le coup, je restais sans voix. Ça faisait longtemps que j’avais relâché mon entrainement. Il avait raison. Je pensais connaître Menoch et m’en méfier assez pour y survivre. J’avais oublié de me méfier de mon pire ennemie : moi.
Le souffle plus court, je réalisais que j’avais peu de chance de m’en tirer. Déjà il sortait sa collection de couteaux. Un vrai maniaque avec ses lames. Ma dernière chance était de ne pas crier. Ne pas lui donner satisfaction, ne pas l’encourager.

- Je suis déçu… tu n’as pas ton uniforme de Gardien sur toi. Vraiment, c’est dommage.

- Tu ne rentrerais pas dans ma robe, de toute façon.

Il faut toujours que j’ouvre ma grande gueule…





Il ne restait plus grand-chose de mes vêtements quand on me ramena à ma prison. Je me demande comme j’avais fait pour garder ma raison intacte. Je me roulais en boule. Pour une fois j’étais consciente et je souffrais de l’être. J’aurais voulu oublié ces trois dernières heures. J’aurais voulu les oublier à jamais. Mon corps tremblait et chaque frémissement était un coup de poignard de plus. Il aurait fallu que je demeure immobile pour réussir à ne plus souffrir. Je sentis la main d’Urlryn sur mon crâne et elle m’apaisa. Mon corps se laissa aller à la reconnaissance de cet homme qui ne m’avait jamais fait de mal, qui était mon père. Le seul qui me restait.

- Mar’ ?

Il s’était relevé après m’avoir jeté un simple coup d’œil. J’entendis le garde bouger dans le couloir et se rapprocher de notre cachot. Je réalisais dans le même temps que des gémissements, des sanglots et des cris résonnaient dans d’autres pièces.

- Mar… donnes-moi de la lumière s’il te plait. Il faut que je l’examine !

- Je ne peux pas Url… tu sais que je ne peux pas.

- Elle va mourir si je la laisse saigner comme un porc … je dois la recoudre et voir jusqu’à quel point Didrik l’a blessée.

- C’était pas Didrik…

Il avait baissé le ton mais je l’ai entendu quand même. Un silence s’éternisa, le temps de me rendre compte que je saignais vraiment beaucoup.

- Urlryn…

Il se détourna de la porte pour venir à mon côté et écarta mes vêtements pour mettre à jour mes plaies.

- Merde…

- Gros mots, Urlryn…

- Mirshann…. Tu pisses le sang.

J’ouvris les yeux pour le regarder et haussais les épaules. La porte du cachot s’ouvrit alors, à notre grande surprise. Une lanterne et un nécessaire de soin furent alors posés sur le sol avant que Marwick reparte dans l’autre sens.

- Merci.

- J’aime pas ce qu’il se passe en ce moment au campement, Urlryn… mais si on te demande, ce n’est pas moi qui ait fourni ça ! Et je reprendrais la lanterne quand tu auras finit, comprit ? Putain… j’ai une gamine moi aussi…

Mon père hocha la tête, mouilla quelques linges avec l’eau propre qu’il nous restait et laissa tomber une aiguille dans la petite bouteille en verre qui devait contenir un désinfectant quelconque. Ou un alcool fort, selon les disponibilités du soigneur en poste actuellement. Je connaissais ses gestes par cœur, bien qu’étant moi-même une fieffée incapable en ce qui concernait les soins. Heureusement que j’étais bonne alchimiste. Encore que sans mon sac, je ne servais à rien.

Je l’observais faire, comme détachée de ma douleur, de mon corps. Il passa le linge mouillé sur ma peau, essuyant le sang qui coulait.

- Tu as deux plaies importantes, Mirshann. En haut de la cuisse et sur ton sein gauche.

Il effleura ma cuisse et mon sein sans s’attarder, voulant simplement les pointer. Mon souffle s’égara et ma tête se mit à hurler. Je respirais trop fort et trop vite. Un gémissement de terreur m’échappa. Je me maudis en silence et tentais de le rattraper, mais trop tard. Urlryn posa alors la main sur ma bouche.

- C’est fini, Mirshann, c’est fini.

Il n’en dira pas plus. Ne demandera pas plus. Et je lui en suis gré.

Je sentais l’aiguille entrer dans mes chaires et recoudre ma peau déchirée. Le liquide glacé de l’alcool fut presque un soulagement, avant que la brûlure de ce même alcool ne m’arrache un hoquet de surprise autant que de douleur. Chaque petite plaie se faisait un plaisir de se rappeler à mes souvenirs. Et j’en avais beaucoup. De plaies. De souvenirs. De mauvais souvenirs. Une crise d’angoisse me frappa avec violence, m’arrachant un hurlement de terreur.




J’ai dû m’évanouir, encore. A mon réveil, il n’y avait plus de lumière. Urlryn me tenait la main, caressant mes doigts de son pouce.

- Eh… je ne suis pas un doudou.

Ma voix était rauque et faiblarde. J’aurais eu du mal à tenir dans une arène, je crois. Je me sentais nauséeuse et épuisée.
Urlryn posa un baiser sur mon front.

- J’ai eu peur de te perdre toi aussi, Mirshann. Ça fait trois jours que tu es inconsciente.

- Ouais… j’avais du sommeil en retard.

Une sueur froide me coulait dans le dos. D’ordinaire, je ne dormais pas beaucoup, constamment sur le qui-vive. L’inconscience a toujours été un truc dangereux, ma plus grande faiblesse. Mais trois jours, c’était carrément suicidaire.
Je roulais sur le côté. Immédiatement, mon corps se nimba d’un voile de sueur et mes muscles se mirent à trembler. La chaleur habituelle se propagea alors, depuis mes pieds. Ce n’était pas le moment de m’évanouir bon sang !
Je posais la joue sur le sol humide et spongieux de la prison et laissais la fraicheur de la terre renvoyer la chaleur. Mon père n’avait rien fait pour m’empêcher de bouger. Je sais que j’ai mauvais caractère, mais au point de ne pas me disputer ?

- Qu’est-ce qui se passe Urlryn ?

- Rien… Que t’ont-ils demandé quand ils t’ont interrogé ?

Je me rallongeais sur le dos, trop épuisée pour tenter de m’asseoir. Les évènements de mes séances « d’interrogatoire » me revenaient en mémoire. Je m’efforçais de ne pas laisser de crises d’angoisses me submerger, mais c’était un vœu pieu.
Je me retrouvais une fois de plus en train de respirer à toute vitesse, les yeux écarquillés et les dents serrées. Mais au moins je n’avais pas gémit ou crier. Même si ma tête geignait sous les vagues atroces de ces souvenirs.

Urlryn avait posé sa main sur ma bouche à nouveau. Non pour m’empêcher de crier, mais pour m’empêcher de respirer trop vite. Je connaissais cette méthode, nous l’avions expérimentée plusieurs fois au cours de mes entrainements.

- Que t-ont-ils demandé ?

- Rien… ils n’ont rien demandé.

Dans ses yeux, je lus ce que je craignais. Il baissa la tête, résigné.

- On va crever.

Il repartit à pleurer. J’avais presque envie de l’engueuler, mais les forces me manquaient. Et puis, si ça pouvait lui faire du bien.

- Pourquoi ne pleures-tu pas, Mirshann ? Sanglota-t-il contre mon oreille.

Je levais une main tremblante devant lui. Et soupirais.

- Il n’y a que les fillettes qui pleurent, Urlryn… tu as oublié ?

- On pleure pour exprimer son chagrin, Ivory. Toi, tu n’as pas pleuré alors qu’Onni est mort !

J’entendis sa colère. Et enfin je compris pourquoi il m’en voulait depuis mon arrivée.

- Tu m’as appris à ne jamais pleurer.

- Mais… comment fais-tu pour exprimer ton chagrin ?

- Je tremble… et je m’évanouis.

Je soupirais en exprimant ma plus grande faiblesse. Et au vu de l’air interloqué de mon interlocuteur, je n’étais pas la seule à penser que ce système était loin de garantir une sauvegarde efficace.

- Alors c’est ma faute si tu ne pleures jamais ? Je t’ai… Dieux… pardonnes-moi.

- J’ai pleuré une fois.

Je profitais de ce calme et ce renouveau de sentiments entre nous pour lui confier mon plus grand chagrin. Il hocha la tête.

Le silence avait repris ses droits. J’entendais quelques sanglots ici et là éclater au-delà de notre porte. Le couloir n’était plus aussi éclairé qu’auparavant. Je devinais vaguement la présence d’un garde qui faisait des allers-retours et jetait parfois un coup d’œil à travers le judas.

- Tu devrais boire, Mirshann…

- Il reste beaucoup d’eau ?

- Assez pour aujourd’hui.

Je grimaçais légèrement. L’eau était tiède mais encore potable. Par contre, aucune trace de nourriture et même si je n’avais pas grand appétit, j’avais conscience qu’Urlryn aurait dû manger.

- Quelqu’un est venu depuis ce matin ?

- Non. Pas depuis avant-hier en fait.

Je fixais la porte. L’ombre passa non loin de nous, mais cette fois, aucun œil ne se glissa dans le judas. J’eus l’impression que le garde nous évitait.

- Ils vont nous laisser mourir.

- Je le crois.

Urlryn fit la liste des choses qui allaient lui manquer en ce bas-monde. Il avait l’espoir de retrouver Gavain et Onni dans le Voile. Et moi ? Que me restait-il à espérer ? J’avais mis mes affaires en ordre, m’arrangeant pour protéger ma sœur même si je venais à disparaitre. Je regrettais de ne pas pouvoir tenir ma promesse vis-à-vis de Sathir. Je regrettais de n’avoir pas pu lui dire adieu. Ni à John. Le visage rieur de mon amant me revint en mémoire. Je pensais l’avoir presque oublié. Le sourire narquois de mon acolyte m’arracha un soupire.

- Es-tu prête à mourir ?

- L’est-on jamais ? Je le suis autant que possible… mes affaires sont en ordre. Je n’ai aucun remord … ni regret. Je partirais l’esprit aussi tranquille que possible.

Urlryn se pencha sur moi et déposa un baiser sur mon front. Il caressa mon cou avec une tendresse rare. Je m’efforçais de ne pas afficher le frisson d’horreur que ça me procurait. Ce n’était pas lié à lui. Puis, sans que je m’y attende le moins du monde, ses doigts se crispèrent sur ma peau, serrant mon cou. Le souffle s’y bloqua.

Il m’étranglait !!


Je ruais immédiatement et griffais ses poignets. Hors de question de me laisser mourir ainsi ! Malgré ma faiblesse, le désespoir me prêta ses dernières forces. Je commençais déjà à voir des papillons blancs danser devant mes yeux. Mes yeux me brûlaient, je suffoquais.

D’un coup de coude bien placé, je renversais Urlryn. Il n’avait jamais été un combattant. Et malgré mon peu d’expérience en matière de corps à corps, j’avais assez de maitrise en anatomie pour connaître les points faibles à viser. Son menton tout d’abord, puis sa pomme d’Adam.

A son tour de suffoquer.

Je rampais sur les fesses, jusqu’à taper le mur dans mon dos. J’avalais de la lave en fusion à chaque inspiration. Mes yeux larmoyaient et coulaient sur mes joues en ruisseau salé et tiède. Prise d’une quinte de toux, je m’efforçais de garder les yeux ouverts pour ne pas le perdre de vue. Il venait de tenter de me TUER !

- Mir… Mirshann.

Il tendit une main vers moi et je grognais. Mal m’en prit. Ma gorge me faisait un mal de chien. La voix rauque et basse, je lui intimais l’ordre de ne pas m’approcher.

- Mirshann… je voulais t’éviter de souffrir !

Cette fois, je hurlais, tant pis pour mon cou ! Un flot d’injures, mêlant le commun et le drow. Je l’insultais, je le conspuais. J’essuyais mes joues humides d’un revers de la main avant de retomber sur mon matelas de paille, à bout de force. Dans ma tentative de lui échapper, mes blessures s’étaient rouvertes. Je le sentais sur ma poitrine. Le chandail qu’on m’avait enfilé après m’avoir recousue s’imbibait peu à peu.

Mon mentor se tenait loin de moi à présent. Je lui arrachais la promesse qu’il ne tente plus rien de ce genre avant de fermer les yeux.

- Je pensais que … tu n’avais plus d’espoir. Mirshann… je suis désolé.

- Pourquoi tu m’appelles toujours Mirshann ? Je demandais, encore furieuse.

- Parce que… c’est ce que tu es : un ange. Répondit-il surprit de ma question.

Si j’en avais eu la force, j’aurais ricané. Mais je n’avais que celle de tendre l’oreille pour guetter ses mouvements. Pourvu qu’il ne bouge pas !




S’il était assez patient, dans quelques heures, il n’aurait plus rien à faire, je serais morte.

(A suivre)
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Ivory Doucenuit

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MessageSujet: Re: Mission en terres hostiles   Dim 17 Avr - 10:18

Une explosion. Je connaissais ce son. Une autre. Des cris. Les gardes qui couraient dans le couloir. Des hurlements.

J’entendis le fracas des armes qui se frappaient, se cherchaient, dansaient l’une contre l’autre et se fendaient. Je me demandais l’espace d’un instant si mon imagination prenait ses désirs pour des réalités. Puis Urlryn bougea, sautant jusqu’à la porte. Ah… ça n’était donc pas mon imagination.

- Ivory !?

Quelqu’un frappait sur les portes des cachots et m’appelait. Il n’était visiblement pas seul, des cris et des armes se faisaient entendre.

- Ivory, tu es là ? Ivory ??

- Elle est ici !! ICI !

Je protestais à mi-voix. Mon père manquait clairement de retenue. Celui qui me cherchait n’était peut-être pas un ami.
J’entendis la clé tourner dans la serrure. Un corps qui s’écrasait sur le sol. Un faible cri de protestation. Et quelqu’un me prit la main.

- Eh… Ivory …

- Elle est blessée, affaiblie.

- Qui êtes-vous ?

La voix se fit plus dure, alors qu’il s’adressait à ce drow près de moi. Urlryn se présenta, mais il bégayait, inquiet, blessé lui aussi, affaibli… lui aussi.

- C’est Urlryn, un de mes trois pères. Le seul qu’il me reste.

Ma voix se résumait à un filet. Le seul mot que j’entendis clairement prononcé fut « père ». Bon, c’était le principal. Mon sauveur, du moins, j’espérais qu’il en fut un, n’ajouta rien. J’aurais bien aimé ouvrir les yeux pour voir de qui il s’agissait, mais j’étais trop fatiguée. Sa voix me disait quelque chose, mais fouiller ma mémoire me demandait trop d’énergie. Trop fatiguée.
Il me prit dans ses bras, me soulevant avec facilité. Etait-il si fort ?

- Elle est tellement légère…

- Elle n’a rien mangé depuis son arrivée ici. Et elle a perdu beaucoup de sang.

J’aurais aimé pouvoir lui dire que techniquement, je n’avais pas perdu plus d’un demi-litre de sang. Parce que sinon je serais morte. Enfin… je fermais ma gueule parce qu’il était possible que je n’en sois pas loin.

Mes lèvres étaient en contact avec une peau douce. En ouvrant la bouche, je pouvais goûter le sel de sa peau. Mon sauveur.
La situation me paraissait légèrement comique. J’aurais pu en rire si je n’avais pas senti ma blessure vomir plus de sang encore. C’est con… survivre à Didrik et Grim … et mourir dans des bras chauds et tendres. En sécurité.


Je sombrais dans l’inconscience, rassurée.



- Monsieur, vous êtes blessé !

- Non, absolument pas, c’est elle qui l’est !

- Votre chemise est pleine de sang, monsieur !

La voix criarde du jeune homme me tira des bras rassurants de Morphée. J’ouvris un œil et le refermais aussitôt sous l’agression du soleil.
On me déposa avec ménagement sur le sol.

- Merde !

J’imaginais la tâche que j’avais laissée sur sa chemise. La mienne se déchira brutalement sous des doigts impatients. Et un silence suivit la révélation de mon corps brisé. J’attendais de mon côté, la crise d’angoisse qui me semblait inévitable depuis que j’étais passée entre les pattes de Grim. Je devais être trop faible, car elle ne vint pas. Je guettais la réaction de mon sauveur, et son absence me renseigna bien mieux que n’importe quelles autres injures.





- Ivory ? Ivory !

J'émergeais sans ouvrir les yeux. Ah tiens… je m’étais à nouveau évanouie. Je bougeais la main légèrement et sentis des doigts autour des miens. Je les serrais.

- On t’a recousu… mais tu as perdu beaucoup de sang. Il ne faut plus que tu t’endormes. Tu dois rester avec moi, d’accord ? Un mage a jeté quelques sortilèges sur toi. Tes blessures sont refermées.

Incapable de répondre. Trop faible.

- Ne t’endors pas !! Tu restes avec moi !

- Co… comment ?

D’accord. Ma phrase était loin d’être complète. Il y avait tant de choses que je voulais demander.

- Comment je t’ai trouvée ?

- Oui.

- On a vu un type t’embarquer. Il t’avait déjà salement amochée, du coup ça ne semblait pas être une visite de courtoisie. Malheureusement, vous étiez partis en barque. J’ai mis du temps à trouver les infos nécessaire pour te retrouver.

Il me serrait contre lui, me prêtant la chaleur qu’il me manquait. Si j’avais eu assez de force, j’aurais claqué des dents, tant j’avais froid.

- Arrivé non loin du village, j’ai vu une troupe de mercenaires. Ils attendaient pour donner l’assaut, le retour de quelques informateurs. C’est comme ça que j’ai pu participer.

- Pourq… ?

Je manquais de sombrer, mais il me serra contre lui, plus fort.

- Pourquoi voulaient-ils prendre d’assaut le village ? Figures-toi que ton chef de clan s’est montré gourmand. Il s’est attaqué à Valacirca et à Baie Requin. Il voulait prendre la place du grand chef de Baie Requin. Je te laisse imaginer la merde dans laquelle il s’est mis tout seul. Entre les mercenaires de Baie Requin et les Gardiens de Valacirca…



- EH ? Qui est cette fille !?

- Ivory, monsieur ! C’est la fille que je suis venu chercher ici. Elle vient de Menoch, Gardienne des Vertus.

- Ah oui… Elle a morflé. Courage mon petit ! Et ce drow ?

- Je suis Urlryn Doucenuit… je suis esclave de ce clan.

- C’est également le père adoptif d’Ivory, monsieur. Il était enfermé avec elle en cellule.

Il me lâcha pour se tourner vers les deux autres. Je me sentis glisser sur le sol, mais ne pouvais rien faire contre. La fraicheur du sol me fit du bien.

- Esclave … qui était ton maître ?

- Essalyne Doucenuit.

J’entendis un cri de protestation. A la fois familier et pourtant différent. Je pouvais l’imaginer en train de se débattre. On la rapprocha de nous.

- Ça suffit ! Lâchez-moi, espèce de brute épaisse !

- Madame, Essalyne Doucenuit, c’est bien cela ? Confirmez-vous que cet homme était votre esclave personnel ?

- Je confirme oui.

Elle dut soudain se rendre compte de ma présence, parce qu’à présent, elle hurlait mon prénom. Je devinais qu’elle se débattait doublement et soudain je sentis ses mains sur moi. Elle me retourna sans ménagement, ce qui eut le mérite de me ramener à la conscience. On m’arracha de ses bras, me retournant à nouveau dans ceux qui devenaient familiers. Il me serrait contre lui tandis qu’on éloignait ma génitrice de quelques pas.

- Selon mes informations, vous êtes accusés de proxénétisme aggravé, d’incitation à la révolte et d’être à l’origine de quatre meurtres.

- Non ! Je suis une catin, j’ai mon réseau de filles, mais je ne touche pas à l’assassinat ! Dis-lui, Urlryn ! Je suis une victime moi. Et vous, ôtez vos sales pattes du corps de ma fille !!!

Mon père confirma, en vain. J’étais moi-même trop faible pour agir et qu’aurais-je pu répondre ? Qu’elle n’y était pour rien ?

- Monsieur ? Au vu de son état et de l’endroit où elle a été retrouvée… je pense qu’on peut lui accorder des circ…

- Je vais m’en charger, soldat. Merci de votre aide. Vous devriez emmener votre amie et son père loin de tout ce merdier. La parole d’un esclave n’a pas grand poids. Et rhabillez la gamine ! On se charge des Doucenuits.



Pour s’en charger, ils s’en sont chargés. La plupart des hommes ont été arrêtés ou tués. Didrik est mort. Tant mieux. Du coup, les autres ont soigneusement chargé son dossier. C’est quand même plus simple d’accuser un mort de toutes les exactions.

Grim a réussi à s’en tirer, il avait disparu avant l’assaut. Marwick a été libéré sous condition. Je ne connais pas exactement lesquelles. Le campement a brûlé. C’était un bel hommage pour Onni. Il parait que les flammes ont léché le ciel pendant trois jours. Je gage que mon père est parti chanter pour les dieux. Ma mère est en prison, pour quelques années sans doute. J’irais la voir quand je pourrais. Si je peux.

Urlryn a été affranchit. Du coup, il a décidé de rester près de moi, à Menoch… ou à Valacirca.

J’ignore encore qui m’a sauvé. Je suis sûre de connaître sa voix, mais impossible de faire le lien. Il pourrait être aussi bien Sathir qu’un autre. De toute façon, j’étais trop faible pour que ma mémoire soit fiable.
Je me remets doucement au fond d’un lit.







Enfin… si je m’en suis tirée. Je suis pratiquement sûre d’avoir réussi à échapper à l’étranglement d’Urlryn. Quant au reste… vous avouerez que ça fait une jolie histoire. Peut-être trop belle pour être réelle. Il se peut que nous soyons tous dans le Voile.

Alors si vous ne me voyez plus dans les rues de Menoch, c’est sans doute que je suis morte, suite à mes blessures. N’oubliez pas de dire à Sathir que je l’aime et que je l’aimerai toujours.



Et si vous êtes mon sauveur… manifestez-vous !
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Urlryn Doucenuit

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Messages : 1
Date d'inscription : 22/04/2016

MessageSujet: Re: Mission en terres hostiles   Ven 22 Avr - 9:45

Menoch... la grande et la neutre. Urlryn n'avait jamais éprouvé de grand amour pour cette ville qui n'osait pas se donner les moyens d'être l'une ou l'autre, à savoir Baie Requin ou Valacirca. Un truc entre les deux, pour satisfaire les plus vicieux des vertueux valacircains ou les plus vertueux des vicieux de Baie Requin.

Depuis son arrivé et le retour de sa fille en cette cité grise, il n'avait eu de cesse de sombrer dans les ombres, s'efforçant d'y rester le plus longtemps possible, se faisant oublier sans pour autant la quitter des yeux.

Son petit ange, son bel oiseau aux yeux bleus, dont les ailes avaient faillit être coupées. Elle s'en sortait. Et plutôt bien.

Il avait été surpris de la voir aussi bien entourée. Le premier Dashnïr n'avait pas été une surprise, il s'attendait presque à le voir dormir avec elle. Ce qu'il avait bien faillit faire d'ailleurs, une nuit ou deux. Mais il avait eu la sagesse de se contenter du bout du lit, appuyant la tête contre le mur en guise d'oreiller.
Si Urlryn avait eu un doute sur les sentiments de sa fille à l'encontre de l'homme en robe, deux jours à les regarder se chercher, se taquiner et se frôler avaient suffit à ôter tous ses doutes. C'est pour lui qu'elle était encore en vie.

A se demander qui était le plus à plaindre ?

Puis il y avait eu la fée des cauchemars. Une vraie surprise, y compris pour Ivory. L'Eladrin, discrète et timide, l'Ansgar, dangereux, mais sous le charme de l'ange.
Puis le duo comique, un grand Eodh et un autre Dashnïr, couvant son trésor comme si elle était le sien. Un autre père de substitution ?

Il avait suivit leurs conversations de loin, restant dans son coin, hors de la pièce, pour ne pas énerver son petit oiseau peureux. Mais à l'heure où elle s'était enfin décidée à quitter les soigneurs, il lui avait emboité le pas et avait assisté à la "Grande Scène" du IV (comprendre la grande scène du 4 ou la grande scène du Iv' ).

Cette fois, c'en était trop.

Il s'installa à coté d'elle, tandis qu'elle s'endormait sur les coussins de la grande bibliothèque.

D'ailleurs, il crevait d'envie de fondre sur les livres pour les parcourir. S'il n'avait eu cette mission autrement plus urgente, il serait déjà plongé dans les différents ouvrages de cette merveille, à qui il faisait déjà les yeux doux.

- Ne t'approche pas de moi !

La voix rauque comme celle d'un fumeur de pipe le ramena à la réalité et lui pinça le cœur. Il fronça néanmoins les sourcils.

- Sinon quoi ? Tu vas hurler ? Si tu ne voulais pas que je sois là, il ne fallait pas me dire que je pouvais t'accompagner à Menoch, Mirshan.

Elle soupira et s'assit sur ses coussins. Elle avait encore l'air épuisé, mais Urlryn ne pouvait plus se laisser attendrir. Trop de choses avaient été dites et trop de choses étaient en jeu.

- Ça y est ? On peut parler ? Que tu m'en veuilles parce que j'ai voulu t'épargner de la souffrance, je le conçois.

- Tu as essayé de me tuer !

- Non Ivory ! J'ai fait ce que TU as fait quand tu as mit fin aux jours de Gavain, dans le but de lui épargner de la souffrance. Tu l'as achevé !

Il la vit tiquer. Cette histoire était censé être un secret. Personne n'en avait jamais rien su, elle avait gardé cette souffrance par devers elle, protégeant ce secret qui la rongeait inlassablement.

- J'étais là. Je t'ai vu tirer la flèche qui l'a soulagé. Tu as fait ce qu'il fallait. Il te l'avait demandé. Sans toi, il aurait mit des jours à mourir.

Elle détourna le regard.

- J'aimerai qu'on classe cette histoire. J'ai eu tort. Je regrette de t'avoir fait du mal. Je t'aime, tu es ma fille et je tiens à être à tes cotés.

Il n'ajouta rien pendant quelques instants, le temps de la faire réfléchir. Puis il enchaina.

- Bon c'est quoi ce cirque que tu me fais ? Madame se prend des grands airs ?

- Quoi ??

- Ton petit coté souffreteux : ahh, je suis mourante... aidez-moi... mais surtout ne me touchez pas !

Il observa son petit minois afficher l'expression d'horreur qu'il s'attendait à voir.

- Grim t'a violée ?

Un hoquet de surprise, elle rougit et pâlit en même temps. Il savait qu'elle revivait déjà ce qu'il lui avait infligé. Son souffle plus court, ses pupilles qui se contractaient...

- Non...

- Ivory... Ivory !! Pourquoi tu réagis comme s'il l'avait fait ? Tu refuses que les gens te touchent, sauf môsieur Sathir.
Je sais très bien ce qu'il t'a fait. J'ai recousu tes plaies. J'ai vu les dégâts infligés, j'ai étouffé ton souffle et écouté tes hurlements de terreur la nuit. Mais tu savais déjà ce qu'il était capable de faire. Je t'ai entrainé à subir ce genre de choses !!

Il la regardait prendre conscience de tout ça.

- Si tu te laisses aller comme tu le fais en ce moment, il gagnera. Car il aura fait de toi ... une fillette, pleureuse et couarde. Une gonzesse qui se gave de gâteaux à la crème et de biscuits et refuse un bon steak parce qu'il ne faut pas tuer les pauvres petits animaux. Faible. Bonne à rien sinon à faire la moral aux autres. C'est ça que tu veux devenir, Ivory Doucenuit ?

- Ne m'appelle pas Doucenuit !

Le proverbe dit que la goutte d'eau fait déborder le vase. Urlryn sentit la moutarde lui monter au nez.

- Tu te fous de ma gueule ?? C'est ton nom !! Un nom qui n'est pas seulement celui de Grim, d'Essalyne ou de Didrik ! C'est aussi le nom que portent des femmes et des enfants innocents. Tous les Doucenuits ne sont pas des assassins, des bourreaux ou des pervers ! JE SUIS un Doucenuit !! Gavain était un Doucenuit et PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ... Onni AUSSI !!!

Et tu peux avoir en horreur tout ce que pouvait représenter ta mère et Didrik, tu peux être fière d'être la première du clan à être Gardienne des Vertus, mais tu n'en es pas la première vertueuse pour autant ! Ton père, mon amour !!! était bien plus vertueux que tu ne le seras jamais ! Ton père, mon amour, était le meilleur des hommes !

Si tu es là, aujourd'hui, c'est parce qu'Onni l'a voulu. Parce qu'il voulait un enfant, Essalyne a accepté de tomber enceinte. Parce qu'il t'aimait, tu as eu droit à une enfance heureuse. Qui jouait aux pirates avec toi ? Onni ! Qui te racontait des histoires le soir ? Onni !!

Alors je ne veux plus t'entendre jouer les victimes ! Tu vas me faire le plaisir d'accepter d'être une Doucenuit, la fille d'Onni, celle de Gavain et la mienne ! Tu vas te prendre en main, manger convenablement, de la viande, des légumes, du pain et si tu le mérites, parfois un dessert, mais tu vas manger normalement !
Tu vas reprendre ton entrainement avant que ta jambe ne soit trop raide pour ça ! Tu vas faire comme si Grim risquait de venir faire un tour dans les trois prochaines semaines pour t'achever, parce que si j'étais à sa place, c'est ce que je ferais, putain !


A sa grande surprise, la jeune fille hocha la tête gravement. Dans ses yeux, il lisait toute la détermination qu'il voulait lire et s'en trouva soulagé.

Il la regarda se lever, s'aidant à peine du bâton, et s'approcher de lui. Un instant, il se sentit fébrile, attendant qu'elle l'achève à son tour, mais il n'en fut rien. Fidèle à elle-même, elle l'enlaça et le serra dans ses bras.
Il entendit son cœur s'emballer, son souffle s'étrangler, mais elle résista et triompha de sa crainte.

L'enfant chéri d'Onni lui fit un sourire hésitant. Et Urlryn se souvint alors des premières rencontres qui avaient jalonnées sa vie : son premier maître, quand il n'était qu'un enfant, Essalyne et Onni, tous deux catins, mais heureux. Gavain, bourru et différent des autres, son premier amant véritable. Les deux jumelles qui semblaient tellement semblables et pourtant si différentes : l'une qui pleurait constamment, l'autre qui souriait dès qu'elle entendait une de leur trois voix.

Et cet amour tellement puissant qu'il avait développé pour cette étrange famille. Trois homos, une catin et une fillette qui se prenait pour un garçon. Quelle rencontre ! La plus belle de toutes.

Il posa les yeux sur sa fille qui venait de reprendre son entrainement. Tremblante, elle s'appliquait à étirer les muscles de ses jambes. Sa mission était remplit.
Il lui sourit et désigna les livres derrière elle. Il pouvait enfin se plonger dedans.
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