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 [Clos] Ivory

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Ivory Doucenuit

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Date d'inscription : 14/12/2015

MessageSujet: [Clos] Ivory   Lun 22 Fév - 8:24

Toutes les bonnes histoires commencent par « il était une fois ». Mais vous avouerez qu’il est difficile d’annoncer sa propre histoire ainsi.

Parce que votre histoire ne commence jamais comme ça. On sait tous quand on est né. Sans s’en souvenir, on le sait. C’était il y a 50 ans, il y a 20 ans, il y a 16 ans, 10 mois et 22 jours. Pas « il était une fois ». Ce serait plutôt « il était cette fois ! ».
Enfin techniquement, je ne suis pas sûre de cette date. Ma mère non plus. Elle m’a mise au monde comme on accouche d’un projet soudain, d’une surprise … qu’elle soit bonne ou mauvaise. Deux surprises, car à dire vrai, je ne suis pas née seule. Je ne l’ai pas su tout de suite. Mon double fut confié aux bons soins d’une famille aimante sans enfant. Des années plus tard, ma mère m’a avouée qu’elle m’avait gardé parce que je ne pleurais pas.

Je n’ai pas été malheureuse. Ni heureuse d’ailleurs. Le clan où je suis née avait sa spécialité, outre le fait de sortir en mer pour pêcher du poisson. Une spécialité appréciée dans certains milieux.
J’ignore qui est mon père. En fait, le clan entier pouvait avoir une chance d’être mon géniteur. Ma mère n’a jamais été très regardante sur la quantité de ses amants. Elle a toujours pensé au sexe comme un moyen d’obtenir ce qu’elle voulait : plaisir, argent, secrets. Du coup, ça m’a protégé. Bah oui, les hommes du clan avaient tous leur chance de m’avoir engendrée. Difficile ensuite d’envisager de me prendre comme amante si j’étais potentiellement leur fille.
A part quelques dégénérés bien sûr.
Mais heureusement pour moi, j’avais mes protecteurs. Trois hommes prenaient soin de moi : un drow du nom d’Urlryn, Gavain, un Eodh qui ne parlait guère et un ansgar qui chantait tout le temps et qui répondait au doux prénom de Onni.
Ces trois-là furent en charge de mon éducation. Et j’avais pleins de choses à apprendre. Il se trouva que je me débrouillais plutôt bien avec deux fioles et un alambic. Et à dire vrai, j’avais une curiosité insatiable pour toutes les bêtises que je pouvais inventer avec cet alambic.
L’année de mes 7 ans, j’ai empuanté le village pendant 5 jours. Une boule puante d’une redoutable efficacité. Et une raclée dont je me souviens encore.
Gavain était plutôt porté sur les armes et il prenait grand plaisir à me lancer toutes sortes de défis. Il ne parlait pas, mais agitait ses mains de telles façons que j’arrivais à très bien le comprendre. Et que ce soit avec mon lance-pierre ou mon premier arc, j’apprenais à faire mouche. Le plus difficile pour moi était de rester embusquée. J’avais trop la bougeotte et ce fut sans doute ça qui me fit punir plus souvent qu’à mon tour.
Onni, quant à lui, m’apprenait à me fondre dans la population. Devenir invisible. Être comme tout le monde. Chose quasi impossible en ce qui me concernait. J’étais chiante, pénible, taquine et prompte à faire toutes sortes de sottises pour faire rire le monde. Un vrai clown.

Mais j’ai grandi dans cette ambiance, subissant les coups de colère du chef de Clan Didrik qui ne supportait guère mes coups d’éclats, l’indifférence de ma mère qui ne voyait guère comment me convaincre d’embrasser sa profession et les tendresses discrètes de mes trois professeurs.
L’année de mes 12 ans fut l’année des surprises. On m’envoya en mission de messager à Menoch. A l’époque je n’avais pas vraiment l’apparence d’une fille. Ma poitrine tardait à se développer et j’étais si maigrichonne qu’on me prenait pour un garçon de 9 ans. Mais j’étais rapide, souple et je parvenais à me faufiler partout où j’allais. L’hygiène était un mot qui me semblait inconnu ou que j’évitais très soigneusement. Du coup, j’avais constamment la morve au nez et des traces d’essuyage sur les joues. Mes cheveux étaient sales, emmêlés et courts (c’était plus facile à laver et à peigner quand ma mère arrivait à me choper). La seule chose qui ressortait était mes yeux. J’ai des yeux très particuliers : vert et bleus mélangés, turquoises. Il parait qu’ils sont très beaux.

J’avais dormi à Menoch cette nuit-là. Et c’est au matin, en m’extirpant de la paille qui m’avait tenu chaud dans la nuit que je tombais sur une minette des plus ravissantes… et au prise avec un amoureux un brin trop entreprenant.
Elle minaudait, mettant en avant ses atouts : ses rondeurs très féminines, sa voix douce, son rire charmant. Un vrai bouquet de tendresse à elle toute seule. Même moi j’étais sous le charme.
Mais le garçon la bousculait un peu trop à mon goût. J’ai bondit devant eux, prête à protéger la donzelle. Ne croyez pas que j’étais particulièrement protectrice habituellement. Mais cette fille, elle me ressemblait ! En tous cas, ses yeux étaient les mêmes que les miens. Exactement les mêmes ! Et ce petit nez busqué, ses pommettes hautes, ce menton creusé par une petite fossette, ses joues que deux petites marques creusaient quand elle souriait.
Enfin la même que moi en plus belle, en plus fille, en plus propre ! J’étais stupéfaite, mais prête à la défendre, prête à lui tendre la main et surtout à faire connaissance.

Je n’en ai pas eu le temps. Elle m’a regardé fixement pendant une minute… ou deux… ou dix. Le temps semblait suspendu. Puis soudain, elle s’est mise à hurler ! Ramassant ses jupes, elle s’est mise à courir à corps perdu vers la banque et je n’ai même pas eu le temps de la suivre.

De toute façon, j’étais moi-même sous le choc. Je suis rentrée comme je pouvais, abrutie par cette surprise. Je me suis cachée dans l’étable pendant trois jours, laissant ma colère monter. On m’avait menti, on m’avait dissimulé des informations. Quand Urlryn m’a retrouvée, j’étais littéralement folle de rage. J’écumais, bavais des insanités et frappais tous ceux qui auraient voulu m’empêcher d’approcher ma génitrice.
Le couperet fut sans appel : j’avais un double de moi, en mieux, en plus beau, en plus sage sans doute aussi. Je devais ma présence au sein du clan au fait simple et triste que nourrisson, je ne pleurais pas.
Un défaut que je possède encore à présent. Il me faut rire aux éclats pour que des petites perles d’eau salée s’échappent du coin de mes yeux. Même la pire des punitions ne m’amenait pas à pleurer. Plutôt à enrager.

Le fait est que cette rencontre a bouleversé ma vie. On ne me laissa plus aller à Menoch. On renforça mon entrainement et pour la première fois, je m’y investie complètement. Finie le gamin remuant. J’appris tout ce que je pouvais apprendre, visant mieux et plus vite que tous les autres de mon âge, mélangeant les plus improbables mélanges pour tirer d’encore plus improbables substances, me battant comme une harpie, n’hésitant pas à viser les bijoux de ces messieurs quand je me trouvais en mauvaise posture.
Je passais les épreuves imposées par mon clan dans une profonde indifférence, mon esprit entièrement tourné vers Menoch et ma sœur. Entièrement dévoué au fait que je la retrouverai.
J’allais avoir 17 ans, dans quelques semaines quand les épreuves de la chaire débutèrent.

Je passais la première en choisissant un gamin de ma connaissance, trop timide pour être un danger et je réglais cette chose sans sourciller.

Puis ma mère insista.

Je pris alors mon paquetage et lui adressais un signe universel d’affection, un doigt levé bien haut.

- Ivory ! N’oublies pas que tu es une Doucenuit ! Me hurla t’elle, tandis que mes trois professeurs la retenaient.
Avait-elle la voix cassée par le chagrin de me perdre ? Ça m’aurait étonnée…

Je n’ai pas honte de mes origines. J’ai bien grandit. J’ai presque l’air d’une femme maintenant, même si ma poitrine a décidé de ne jamais vraiment pousser. Mes cheveux sont soyeux et assez longs pour qu’on ne me confonde plus avec un garçon.
Mais je ne serais jamais esclave du plaisir des autres. C’est moi qui décide de mon destin.

Menoch, j’arrive. Qui que tu sois, je te retrouverai, mon double, ma sœur.

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Ivory Doucenuit

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MessageSujet: Rencontre avec ma mère   Mer 11 Mai - 4:52

Je n'ai jamais éprouvé de grande affection pour ma génitrice. D'aucun me trouverait un brin vilaine, d'autres me comprendraient sans doute, au vu de mon enfance et de mon histoire.

Néanmoins, il me faut vous faire un aveux. De toutes mes odieux défauts, il en est un qui m'insupporte plus que les autres, c'est ma jalousie. Ou plus exactement, mon odieuse habitude d'être envieuse. Chaque fois que Sathir me parle d'une autre femme, j'ai envie de grogner et de montrer les dents. Pour autant que je sache, son bonheur m'important plus que tout au monde, je serais aisément capable de m'effacer, s'il advenait qu'il aima cette femme plus qu'il ne m'aime.

Bref, je m'égare, une fois de plus.

Ma jalousie envers ma mère venait sans doute du fait qu'elle était la plus belle femme qu'il m'eut été donné de rencontrer. Sa peau velouté, ses yeux de biche et sa bouche purpurine me rendaient amère. Pourquoi avait-il fallut qu'elle engendre un être aussi laid que moi ?
Soyons clair, je ne me trouve pas laide. Sans doute suis-je jolie, charmante même ! Mais certainement pas laide. Néanmoins, en nous mettant dans la même pièce, elle et moi, je n'existais plus. Ma mère exultait cette sensualité naturelle, cette lumière qui la rendait brillante, attirante, solaire !



Affaiblie par cette jalousie latente, j'avais reculé le plus possible le moment de la confrontation. Urlryn ne me pressait guère, me laissant le temps de me remettre de la dernière réunion familiale. Finalement, après une discussion fort éclairante avec Aethyr, je me rendis compte que j'avais besoin d'un avis précis sur mon sujet amoureux et que la personne la mieux placée pour me comprendre était sans aucun doute ma mère, vu qu'elle avait vécu avec trois hommes qui s'aimaient.

Je pris mon père sous le bras, mon uniforme sous l'autre et posais le pied sur le bateau qui faisait la navette entre Menoch et Valacirca.
Comme j'étais un Gardien de l'Ordre, il ne voyait pas d'inconvénient à faire une halte rapide sur la presqu'ile qui abritait les détenus de Valacirca.

Toute de blanc vêtue, je me présentais au poste de garde.

- Bonjour. Je voudrais voir la prisonnière Doucenuit je vous prie.

Le garde me tendit un formulaire à remplir, une plume, une bouteille d'encre et un vague regard à peine poli. Il était éladrin, mais cela ne le dispensait pas d'un minimum de politesse !!
Outrée mais silencieuse, pour une fois, je remplissais le parchemin et le lui rendis.

- Je ne connais pas de Gardien de l'Ordre du nom de Doucenuit.

- Je suis de l'Ordre de Menoch.

Il prit un livre et son temps, l'ouvrant avec lenteur jusqu'à la page des "M" sans doute. Son doigt ganté glissait sur le vélin avec un souci indécent du déchiffrage et de la torture. Je bouillais.
Mon père posa une main sur mon épaule, comme pour s'y appuyer. Mais d'une simple pression des doigts, il réussit à me faire passer un message.

J'ai tout un tas de défauts. D'ailleurs, on pourrait en faire la liste pour s'amuser : je suis obstinée, impatiente, chiante, jalouse (je l'ai déjà dit je crois), psychorigide... liste non-exhaustive.

Mais en l'instant, on testait ma patience. Comme j'ai été élevé par toute une bande de tortionnaires sadiques qui m'adoraient, j'ai appris depuis longtemps à combattre mes défauts. Il faut juste que je m'en souvienne à temps.
Cette simple pression des doigts avait suffit à me remettre en bonne condition.

Je ramenais mes mains dans mon dos, adoptant une position semi-rigide, qui me permettait d'attendre longtemps au besoin. Je fixais le paysage à travers la fenêtre, admirant le marais sauvage non loin de là et le balai intéressant des gardes qui passaient sur les murailles.
Il est à noter que la plupart des gardes sont des éladrins. A mon image, ils portaient la cape immaculé de l'Ordre. D'ailleurs, ses propriétés magiques anti-salissures me ravissent, je dois vous le dire. Je peux porter ma robe plusieurs jours de suite sans qu'elle ne s'imprègne de sang ou de sueur.
Elle se lave aisément et se sèche pratiquement immédiatement. Un vrai bonheur.

Je partageais cette information avec mon père, à mi-voix pour ne pas TROP déranger le garde. Urlryn me répondit sur le même ton, admettant sa jalousie face à cette facilité de la vie. Il en profita pour me demander des nouvelles de mon Chocolat et sur mon souci vis à vis de Sethlim. J'ouvrais la bouche pour répondre quand le garde referma le registre avec un peu trop de fougue.

- Vous êtes autorisée à entrer, Gardienne Doucenuit. Néanmoins, je vous demanderai de nous confier vos armes.

J'obtempérais sans discuter, confiant mon précieux arc et mon inutile dague à l'armurerie. Ils me prirent également mon carquois qui contenaient 32 flèches et tout mon attirail d'alchimie.
On fouilla dans mon sac à vêtements et je faillis m'offusquer quand ils en sortirent ma lingerie. Comme elle n'avait rien de sensationnel, ni dentelle, ni soie, ils la remirent en place sans même échanger un regard égrillard, du coup, je fermais ma grande mouille et je patientais. Vous voyez, je sais être intelligente parfois.

Finalement, j'entrais dans la cour. Mon père me rejoignit deux minutes plus tard, l'air serein.

- Ils t'ont dépouillé toi aussi ?

- Même pas... je n'avais rien emporté, je me doutais bien qu'on ne nous laisserait rien entrer ici. Mais ils ont tenu à me fouiller.

Son petit air satisfait m'arracha un rire. On ne s'étonnera plus que je sois complètement mordue de Sathir, j'avais été éduquée par le même genre de personnage.
J'eus du mal à trouver ma mère. Non qu'elle soit cachée, mais...

- Ivory ? Urlryn !!!!

Le cri poussé me fit tourner la tête, mais je me trouvais incapable de déterminer quelle femme avait crié. Pourtant, une grande femme aux cheveux cendré se dirigeait vers nous d'un pas énergique. Elle sauta au cou du drow et le serra contre elle avec une fougue que je ne reconnus guère.

Désarçonnée, je reculais d'un pas, tendant la main vers mon père pour le soustraire à cette étrange femelle.

Mais il l'entoura de ses bras et la serra en retour, me rendant à la fois perplexe et éclairée. Ma mère.

Pourtant, elle ne ressemblait en rien à mes souvenirs. Y avait-il si longtemps que je l'avais vu ? Elle s'écarta d'Urlryn et le tint à bout de bras, l'examinant des pieds à la tête avant d'afficher un sourire satisfait.

- Tu es magnifique. Tu as reprit du poids non ? Et ce sourire !!

Il souriait en effet. Un trait de jalousie me piqua le cœur. Il souriait rarement avec moi. Etais-je donc une telle source de déception ?
Elle se tourna alors vers moi et je la reconnus. Son regard n'avait pas changé, peut-être était-il plus doux, mais la lumière était encore là, en elle, elle irradiait littéralement.

- Ivory.

Sa voix se fit douce comme le miel, me faisant froncer les sourcils. Avec elle, j'étais plutôt habituée aux reproches et aux remarques cinglantes.

- Bonjour Mère.

Elle tendit les bras vers moi et je me laissais enlacer. Elle me serra avec chaleur, ce qui était assez inhabituel pour elle.

- Tu es vivante... quand je t'ai vu, la dernière fois, j'ai pensé qu'ils t'avaient tuée.

J'entendis le chagrin dans sa voix et ça me fait un véritable choc. Je hoquetais légèrement et la serrais en retour.

- J'ai eu de la chance...

Je ne voulais plus parler de ce sujet aussi je l'embrassais sur la joue, la surprenant à mon tour, avant de l'écarter pour la regarder de bas en haut.

Elle portait l'uniforme informe des détenus, gris souris. Dans un éclair, je me revis à mon arrivée à Menoch. Je portais le même genre de tenue. Sathir m'appelait "ma grise".
Elle avait néanmoins cousu ça et là des morceaux de dentelle d'un blanc passé, ce qui conférait à sa tenue une originalité qui lui allait bien.
Ses cheveux cendrés étaient rassemblé en un chignon soigné et quelques fleurs étaient piquées ça et là dans sa chevelure.

Ses yeux verts pétillaient encore, malgré l'absence de tout maquillage. Ses lèvres étaient encore fermes mais demeuraient rosés plutôt que rouges. Je voyais de fines rides entre ses sourcils et sous ses yeux. Elle n'avait pas les rides en patte d'oie qu'on voit parfois chez les gens qui rient beaucoup.

Pour la première fois, je la voyais telle qu'elle était : mûre. Pas vieille. Juste mûre. Ou post maturité. Elle n'était plus assez jeune pour jouer les jeunes capricieuses.
Tandis que je poursuivais mon examen, Urlryn et Essalyne se mirent à parler entre eux, utilisant pour cela le Drow. Du coin de l'oeil, je vis un garde s'approcher d'un autre et échanger deux palabres en se penchant l'un vers l'autre. Le second garde disparu et revint trois minutes plus tard avec un troisième garde. Un ansgard me semblait-il.

Celui-ci s'approcha de nous, se mettant à porter d'ouïe.

Je toussais légèrement pour attirer l'attention de mes "parents". Je glissais les yeux vers le nouvel arrivant, puis tournais l'index devant ma bouche. Ensuite je portais cet index à mon oreille et la frottais deux fois avant de désigner Urlryn.

Il leva trois doigts de sa main, joignant le pouce et l'index et secoua cette main.

Il avait reçu le message. Ma mère hocha simplement la tête avant de reprendre leur conversation en drow.




Quand ils eurent finit de discuter, elle me prit le bras et m'emmena visiter son "antre". Le garde nous suivait presque discrètement, restant à porter de voix sans se faire intrusif. Elle me montra ses aménagements et m'expliqua avec entrain qu'elle apprenait à coudre et à cuisiner.
Quand elle me proposa de goûter sa cuisine, la gourmande que je suis ne se fit pas prier. Je jetais mon dévolu sur un biscuit qui m'avait l'air appétissant. Et de fait, il l'était. Il croquait sur le dessus et fondait dans le dedans. Impossible de ne pas sentir ce petit goût de miel et la texture croquante des coques de blé mal broyées.

- Elle est maigre.

- Oui. Mais elle mange et se remplume petit à petit. Je n'aurais sans doute pas dû lui faire reprendre l'entrainement si vite, mais j'avais peur qu'elle ne finisse par.. elle dort mal. Elle faisait beaucoup de cauchemar jusqu'à il y a peu.

- J'avais espéré qu'elle aurait oublié.

- Oublier ? Comment veux-tu qu'elle oublie ce qu'il lui a fait ? Son corps en porte les marques... partout. Elle se réveille encore certaines nuits en hurlant et en se débattant.

Je tournais la tête vers eux, vivement.

- Eh ? Je vous entends !

Ils eurent le bon sens de paraitre embarrassés. Elle m'adressa un nouveau sourire et revint me prendre le bras, me serrant dans le même mouvement.

- Tu as l'air plus... Sereine, maman.

- C'est parce que je le suis. Me répondit-elle dans un rire. Ici, je n'ai pas à jouer de rôle. Je peux être moi-même. Les filles sont plutôt sympas. Aucune n'est très dangereuse. Depuis que je suis ici, je peux dormir sur mes deux oreilles ou presque. Ça me change.

Je faillis éprouver de la jalousie. Je n'avais pas fait de véritable nuit depuis des semaines. Trois heures de sommeil par nuit étaient mon maximum. Au delà, je risquais le cauchemar, même si le cadeau de Siv me protégeait plutôt efficacement. La plupart de mes fins de nuit me laissait les yeux grands ouverts, à tenter de ne pas me souvenir.

- Et comment va ton beau Dashnir ?

- Il va bien. Figures-toi qu'il a des envies de paternité.

Elle éclata de rire et m'attira sur des coussins.

- Ils ont tous cette période. C'est comme ça que tu es venue au monde !

Surprise, je la fixais avant de la presser de me raconter.

- Onni voulait un enfant. Ca en devenait presque une obsession. Moi j'étais plutôt comme toi. Les enfants c'est surtout une source de problème et surtout... je ne voulais pas mettre un enfant au monde dans notre clan. Mais Onni et Gavain se tournaient autour, je voyais bien qu'ils se plaisaient. Pas juste pour un soir, tu vois ? Et à force de l'entendre soupirer après ce désir d'enfant, j'ai craqué. J'ai accepté de le lui faire.

- Est-ce... est-ce qu'Onni était mon père .. mon vrai père ?

J'avais le souffle court et les yeux brûlants. J'aurais donné une fortune pour verser des larmes qui m'auraient apporté un peu de réconfort.

- Non... je suis désolée, mais non. Je ne pouvais pas arrêter mes activités. On faisait l'amour aussi souvent que possible, mais quand tes yeux ont montré leur couleur, je savais que c'était quelqu'un d'autre qu'Onni. Ton vrai père a les mêmes yeux que toi, Mirshan. Je m'en souviens parce qu'ils sont vraiment magnifique. Ton père était un très bel homme, un amant merveilleux et il avait l'air d'être un homme intéressant. Malheureusement... ce n'était pas Onni.

Sa voix se brisa. J'entendis des sanglots derrière moi. Urlryn pleurait. Essalyne pleurait également. Il n'y avait que moi, monstre de glace qui était incapable de pleurer.
Je les laissais faire en tenant silence, me murant dans mon chagrin invisible.

- Tu as été un merveilleux cadeau, ma chérie. Grâce à toi, Gavain, Onni, Urlryn et moi, nous sommes devenus une famille.

J'attirais mes deux parents et les serrais fort contre moi. Je tremblais de chagrin et de bonheur mélangé. Je n'étais pas sûre de pouvoir expliquer tout ça à Sathir, même si j'avais très envie de le faire. A qui d'autres aurais-je pu le raconter ?
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Ivory Doucenuit

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MessageSujet: Dormir...   Jeu 2 Juin - 10:12

J'avançais d'un pas ferme, les épaules en arrière, le ventre rentré. Je sentais dans mon corps une vigueur nouvelle, une force inhabituelle, une certitude.

J'avisais Davarion et Sethlim devant moi, occupés à se chuchoter des secrets dans le creux de l'oreille, en se dévorant des yeux. Je me plantais devant eux et déclarais d'une voix forte.

- Eh, les fillettes ! Visez un peu ça !!

D'un geste je dégrafais mon pantalon et exhibais mon bel engin, ma virile vigueur, mon membre masculin, bien dressé devant moi.


Et je me réveillais en sursaut, poussant un cri de fille outragée. Je portais la main à ma gorge, à ma poitrine, triturant un instant mes petits seins que je détestais tant habituellement avant de glisser mes doigts sous ma robe, cherchant le monstrueux engin que j'avais dévoilé.

Ouf... ce n'avait été qu'un rêve.

- Non mais n'importe quoi !!! Pestais-je dans le dortoir.

Je ne réveillais personne. J'étais seule, comme toujours.

Un coup d'oeil sur la pendule m'apprit que je n'avais dormi que deux heures. Une nouvelle fois, je n'avais pas prit mon content de sommeil. Je passais une main lasse sur mon visage aux traits tirés. Qu'importe, de toutes façons, je ne risquais plus de me rendormir. Quelle idée aussi d'avoir des discussions aussi orientés avant d'aller se coucher. Je ne pouvais pas  me permettre ce genre de rêve, il y avait tellement de personne qui s'y glissait à mon insu.

Tu penses à quelqu'un en particulier ?

Oui, je pensais à Loup, à Nishant ... et vu les voix qui susurraient à mon oreille, je ne doutais pas que d'autres pouvaient s'y glisser. Ou alors je tournais folle, ce qui ne serait pas très étonnant vu le peu de sommeil que j'arrivais à prendre. Quelle importance ?

Je me relevais lentement et remis mon armure. Quitte à être réveillée, autant aller chasser pour remplir mes sacs de viandes séchées et de cuirs en vue de la prochaine déchirure.

Iv'... tu es si triste.

- Ta gueule...

Je ne haussais même pas le ton. Ça ne servirait à rien. On ne peut rien contre sa propre conscience. Je me sentais lourde de chagrin, de tristesse, d'accablement. Lourde de fatigue aussi, moi qui n'avait pourtant pas encore reprit tous mes kilos. Mais j'étais en bonne voie.

Je chopais un morceau de viande crue et mordis dedans sans grand enthousiasme. J'avais oublié de demander à mon cuisinier préféré de me préparer quelques réserves.
Je n'osais plus rien lui demander. J'agissais comme s'il était mort en fait et portais son deuil alors qu'il était en vie. J'avais peur de le toucher, peur de lui faire mal, peur de le blesser. Peur de le perdre, alors que je l'avais déjà perdue.

Et moi avec.

C'est la fatigue, Iv'... tu sais qu'il est vivant, tu sais qu'il reprend des forces. Vous n'êtes pas morts, ni lui, ni toi. Reprends-toi.

- Oui, oui...

Je rabaissais ma capuche sur mes yeux, chopais mon arc, mon carquois et pris la direction du désert. En route pour faire un nouveau massacre chez les bovins du coin.
Ivory Doucenuit, fléau des buffles ! Joli titre. Sans gloire sinon celle du devoir accompli.

J'ajustais ma visée, tirais sur la corde avant de la relâcher. Deux flèches. Un coup de lame pour lui ouvrir le ventre et récupérer sa viande, son cuir. Je chargeais ma besace, jusqu'à ce qu'elle déborde.

Puis je rentrais, vidais mon sac dans d'autre sac, faisais sécher la viande, rangeais le cuir.

Couverte d'un sang qui n'était pas le mien, je me laissais déborder par le vide de mon existence.

Va dormir Iv'... tu déprimes quand tu ne dors pas. Quand as-tu vu Sathir pour la dernière fois ?

- Hier soir.

Va dormir avec lui. Tu as besoin d'une bonne nuit de sommeil.. et de ses bras.

Je tentais d'ignorer cette voix, en vain. De toutes façons, ce n'était pas le moment. J'avais besoin d'un bon bain pour commencer. Et d'un soin pour mon corps, mes cheveux, mes mains.

Oh oui !! Chouchoutons-nous !!

La voix d'Onni m'arracha un vrai sourire.




Bonne idée.
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