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 Rêve pour l'un, cauchemar pour l'autre.

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Siv

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Date d'inscription : 15/01/2016

MessageSujet: Rêve pour l'un, cauchemar pour l'autre.    Mer 1 Juin - 5:43

Il était de ces nuits, pour les uns, ou les autres, où le sommeil peinait à venir. Où un excès, de fébrilité ou d'angoisse, repoussait au large l'idéal de repos de par trop tentant, aux esprits fourbus.

En sa demeure, elle avait enserré Davarion d'une étroite étreinte. La visite d'une créature du Voile, la prétendue Dina Darreh, en sa propre demeure, qui s'était posée en rivale l'avait laissée profondément blessée, et ébranlée. Elle avait plus tôt possédé l'homme qu'elle avait marié, cédant à la chair comme on fait une déclaration de guerre. Pour affirmer, dans le geste, dans la vision que la créature, qui ne se montrait qu'à son mari, que ce n'était qu'à elle, que l'homme serait et céderait. Pour reprendre en main un peu du contrôle, qu'elle honnissait en sa vie personnelle comme publique, perdre. Mais, les jeux des corps passés, en l'étreinte de l'homme assoupi, lui fallait-il admettre, qu'elle n'y croyait qu'à moitié.

Elle regardait l'assoupi, le coeur brisé, retenant ses larmes. Sa rivale pouvait peut-être, à cette heure, à toute heure, guetter. Même en sa propre demeure, même en la présence de l'homme qu'elle chérissait, la faiblesse était un luxe qu'elle ne pouvait plus s'offrir.

Si la délicieuse Dina lui soufflait dans le cou? Là. Juste là. À l'instant, sans que la femme, qui était aveugle à sa présence, n'eut pu la voir. Si, à l'oreille de l'assoupi, intangible, spectrale, audible que de lui, elle avait murmures caressants et obscènes? Elle était, après tout, part, et née de ses rêves, avait-elle dit.

Si elle-même n'était là que comme ces femmes de vaudevilles, dont on se moque de la crédulité, que l'on trouve si bégueule et dont on se moque bien, lorsque mari débauché cache tant bien que mal ses maitresses, en placards, malles et sous le lit, alors que la ménagère bonnasse n'y relève jamais rien, pour l'amusement du public?

Lentement, elle se détacha de l'homme, pour tracer des runes. Mélangeant sang de shaman minotaure, pour le pouvoir, de son propre sang, pour la lier, et un peu du sable, pour y infuser la résonnance de la force arcanique de la puissante tentatrice, elle aurait une brève incantation, en traçant sur les murs de la chambre, une rune de révélation. Peut-être, cela lui permettrait-il de la voir. Elle scrutait la pièce, avide de voir une silhouette, une forme se détacher, dans les ombres dansantes laissées par les lampions, qui étaient restés allumés.

Mais en sa tête, ses propres doutes s'adressaient à elle, de la voix bourrue de son ancien mentor.


-Comment saurais-tu? Davarion s'est bien gardé de l'annoncer, lorsqu'elle était apparue, et que sa présence a semblé l'arranger. Il pourrait mentir. Par son influence, ou par sa propre volonté, pour garder celle qui se veut son amante. Tes runes, pourraient bien ne pas marcher. Tu n'es pas fée, pour faire de ta volonté et ton rêve, un absolu.

Ses poings se crispaient, à l'écho de ses doutes. Elle enfonçait ses ongles en la chair de ses paumes, pour ne plus penser. Mais, elle ne pouvait faire que cela, il semblait, que de penser. Ainsi que le font, ceux que le tracas prive du sommeil.

Il est des raisons, pour lesquelles les shamans n'ont pas droit à l'amour. Qu'ils se doivent rester détachés, de la temporalité. Ils n'appartiennent pas en tout à ce monde. Ni à eux-mêmes. N'étant pas le commun des mortels, ils n'ont pas mêmes droits, et privilèges. Ils ont le devoir. Tu as oublié. Le Voile se venge. Longtemps, il s'est vengé. Envoyant surgir sur les lieux de vos plaisirs coupables légions de créatures. S'évertuant, par ses créatures, de détourner de toi celui qui affirme t'aimer. Et vois le maintenant. Vois le, qui a dissimulé, menti. Vois le, qui n'a cherché à repousser la jolie rousse qui le hante. N'aurais-tu pas été là, sans doute se serait-il damné trois fois, aurait-il craché sur toi tout le fiel du monde, pour gouter le bourgeon d'un sein qu'elle lui aura fait voir. Elle est ce que tu n'es pas. Enfant du Voile, reflet de son rêve, de l'image qu'il a, de la perfection physique. L'avatar du désir même, qu'il voudrait bien cueillir.

Assise par terre, au centre de la pièce, détaillant l'homme, la salle même, la femme perdait le peu de couleur qu'elle avait, emportée, par son cauchemar éveillé.


Il parle d'elle à mot couvert. N'évoque pas toujours ses présences. Ne t'en dis, certainement pas tout. Et, soyons honnête, a bien intérêt, à ce que tu ne sache rien. Les hommes sont roués, lorsqu'il s'agit de désirer et d'aimer. Surtout, puisqu'il s'agit là à ton contraire, d'une des plus belles, qui, l'a-t-il admis, a bien suffi à le troubler. Les hommes sont ainsi fait, a-t-il dit, se plaisant à admirer les corps des autres dès qu'elles les présentent. À toujours chercher meilleur ventre, pour leur donner descendance. Tu connais la nature, et tu sais que toujours l'instinct prévaudra sur le sentiment. Par ailleurs, quel poids peux-tu même considérer avoir? Quand il s'agit d'un rêve, d'une déesse, et que tu n'es que femme, misérable et minable. Et il est bien peu d'amours qui perdurent. Le Voile te rappelle à tes devoirs, quand Elle l'appelle à le rejoindre en son lit. Pour te rappeller, que l'amour est un privilège que tu n'as pas. IL LUI APPARTIENT. IL N'EST PLUS À TOI, NE L'A PEUT-ÊTRE JAMAIS ÉTÉ, ET MALGRÉ SES PALABRES, TU LE SAIS.


Ses propres doutes lui rongeaient le ventre, lui martelaient l'esprit. Chaque coup porté, chaque ressassement, plus douloureux encore que le précédent. Elle n'avait pas menti, en avouant à Davarion préférer traiter le cas de vingt forêts obscures. Elle aurait préféré entendre le duo de compères l'accabler encore tout le jour, entre deux fermetures de failles, vingt jours d'affilée, plutôt que de traiter cette affaire là.

Il lui semblait peiner à respirer, tant elle sentait peser sur elle l'accablement. L'aurait-on foudroyé, ou empalé d'une lame pour abréger ses souffrances, sur l'heure, peut-être aurait-elle dit merci. La rivale, celle qui se voulait maitresse, aussi intangible pour elle qu'elle était belle, aussi surhumaine que puissante, était dans son univers d'obligations qui se succédaient, ce brin de paille, qui brisait son dos en deux.

Elle ne pouvait pas le réveiller. L'aveu de ses craintes, lui nouant le ventre, lui serait sans doute déraisonnable. Ces frayeurs, lui feraient sans doute plus mal encore, qu'à elle-même. Il lui avait prouvé la veille encore, malgré ses exhortations de l'avant-veille, qu'elle devait demeurer contrôlée, maitrisée. Que si tout autour d'elle semblait s'effondrer, tous ses efforts vains, elle devait garder son flegme, car s'il lui faisait défaut, elle ferait dommages que sans doute jamais elle ne pourrait réparer.

Ne pouvant plus rester passive, à se ronger les sangs, Siv prit le chemin de l'Arcaneum. Il lui fallait de l'air, réfléchir. Mais chacun de ses pas dans le sable lui laissait des visions. Davarion, qu'elle avait tout juste quitté. Davarion, à la merci, de la rousse tentatrice, qui lui ferait bien, ce qui lui était gré. Davarion, qui offrait, tantôt inconscient, tantôt avec enthousiasme, à l'intangible rouquine, ce qu'elle avait affirmé désirer, la place de Siv.

Un orage se déchaina, au dessus du désert, d'une rare violence, cette nuit là. De quoi laisser mystifiés les voyageurs de la zone aride, qui voyaient la pluie tout juste une poignée de fois par année. C'était sans compter, le passage d'une druidesse, apte à plier les éléments et la nature même à sa volonté, ce qu'on oubliait trop souvent, qui laissait aller toute la rage et le chagrin dont elle était capable, en un unique sortilège, se vidant de ses forces magiques à mesure de son avancée, pour ne plus penser. C'était là, manifestation des cris qu'elle ne pouvait pas avoir, des larmes qu'elle ne pouvait plus s'offrir. La tempête avait laissé traces, dans le désert. Points de roc et de sable s'étaient vitrifiés, sous la foudre aussi fréquente que grondante. Les léopards avaient eu prudence de courber le dos, et de se nicher dans les anfractuosités que leurs offraient les ruines. La meute de hyène avait fui vers le nord. Les bufles, à défaut de mieux, s'étaient couchés, rasant le sable, l'oeil bovin inquiet, tourné vers les cieux qui se déchainaient.

Entrée en ville, malgré l'orage qui déferlait au sud, la druidesse s'était composée un masque neutre, plus froid, impassible, que de coutume. Et à l'Arcaneum, elle s'offrit nuit de recherche, et de lecture, à la lueur de chandelles oubliées, et mal mouchées, qui finissait par enfumer.

Après un temps, sans doute, dénicha-t-elle un grimoire rédigé de la main d'Elbrek Sulva, porteur de ce qu'elle cherchait. Un livre ressassant un peu l'histoire de la jeune Menoch en ses trois premières années, où entre deux lignes, le nom de Dina Darreh lui bondit aux yeux. Une sorcière, arcaniste, qui avait rejoint le campement de la jeune cité. Et que la défiance des hommes, leur mépris d'une féminité puissante, avait mené droit au bucher.

Après lecture, Siv s'interrogeait. Pourquoi, à priori, la Délicieuse Dina, occise pour sa puissance supposée, crainte, révérée, s'échinait-elle justement, à exaucer la prophétie de Sparfel? Volontairement ou non, elle satisfaisait l'homme qui avait été son bourreau, l'imitant même. À jouer de ses atours, pour déposséder femme détentrice de pouvoir, du peu d'empire qu'elle avait? Peut-être était-ce là, simplement, mauvais jeu du destin. Ou, ainsi que la voix réverbérée de son mentor, en laquelle ses doutes semblaient s'incarner, semblait le dire... peut-être à tout, devrait-elle renoncer, à ce qui lui était le plus cher, pour accomplir son devoir.

Au petit jour, quand l'aurore jeune teindrait les cieux de mauves et de pourpre avant de leur doter leur usuelle couleur pervenche, la shamane aurait fait le chemin inverse, pour rejoindre son compagnon, avant qu'il ne s'éveille. Sur le chemin, elle semblait moins encolérée, ne déchainant pas cette fois éléments sur son passage, mais l'humeur toujours bien sombre. Le jour était jeune, mais elle était déjà exténuée, se sentant aussi vide que si avait dû porter le deuil. Elle réfléchissait, alors.

Si, rééellement, Dina, âme depuis longtemps morte, se manifestait de nouveau, peut-être le faisait-elle, sous forme de Djiin, pour réaliser sa promesse posthume, d'exaucer les souhaits des hommes de Menoch qui lui plaisaient. Comment comprendre, sans jamais la voir? Comment comprendre, en n'ayant pour tout intermédiaire, qu'un mari pantois qui était sans doute plus sous l'empire de la rousse beauté que le sien?

Pour accomplir son devoir, pour arriver à ses objectifs, elle n'était que trop consciente, qu'elle devrait encore sacrifier part d'elle-même, cette fois, dans bien plus de douleur que de coutume. Dans la douleur, elle fit constat qu'elle devrait renoncer peut-être, ou prétendre le faire, à ce qui en ce bas-monde lui était le plus cher.
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Rêve pour l'un, cauchemar pour l'autre.
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